La Drapetomanie ou « la maladie du Neg Mawon »

Par Franswa Makandal. Vous n’avez jamais entendu parler de cette maladie ? Laissez-moi alors vous parler de ce qui est sans doute l’une des plus grosses escroqueries scientifiques de tous les temps.

Nous sommes en 1849, aux Etat-Unis, c’est-à-dire, en plein système esclavagiste. La Louisiane est un état sudiste où la condition des Africains déportés et asservis est l’une des plus cruelles. La convention médicale choisit Samuel Cartwright, un médecin esclavagiste, pour présider un comité dont la tâche sera de faire un rapport sur les différentes maladies spécifiques aux Africains-Américains. Cartwright, après avoir étudié et examiné (ou pas) de nombreux Noirs, présente en 1851, lors d’une réunion annuelle, les conclusions de ses « recherches » bouleversantes de stupidité et/ou d’une négrophobie viscérale. Accrochez-vous, cela vaut le détour…

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Portrait du médecin négrophobe Samuel Cartwright

Dans son rapport « Diseases and Physical Peculiarities of the Negro Race » (Maladies et particularités physiques de la race Nègre, NDLR), le Dr Cartwright affirme que les Noirs sont physiologiquement très différents des blancs. Selon lui, nous aurions des cerveaux plus petits, la peau plus sensible, et un système nerveux sur-développé. Ces raisons expliqueraient, aux dires de cette « sommité » de la médecine occidentale de l’époque, notre forte prédisposition à la servitude (rien que cela). Le Dr Cartwright affirma avec aplomb que :

« Le nègre est un esclave par nature et ne peut jamais être heureux dans aucune autre condition »

Samuel Cartwright invente le terme « Drapetomanie », à partir des termes grecs δραπέτης (drapetes, signifiant « [esclave] en fuite ») et μανία (manie signifiant « fou ») afin de dépeindre une pseudo maladie mentale  sortie des méandres de son cerveau esclavagiste. Il explique que lorsque les africains captifs étaient atteint de drapetomanie, ils étaient poussés par l’irrésistible envie de fuir leur condition servile et de rechercher la liberté (non, vous ne rêvez pas).

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Pour Cartwright cette maladie était due au fait que les maîtres traitaient leurs esclaves comme des êtres humains et des égaux (mince alors). Il explique cela en ces termes :

« S’ils sont bien traités, bien nourris et habillés, avec assez de carburant pour garder un petit feu qui brûle toute la nuit (séparés dans des familles, chaque famille ayant sa propre maison) ayant interdiction de courir ça et là dans la nuit pour visiter leurs voisins, de recevoir des visites ou d’utiliser des boissons enivrantes, et non surchargés de travail ou exposés trop le temps, ils sont très facilement contrôlables ; plus que tout autre peuple au monde. Si l’un ou plusieurs d’entre eux, à tout moment, sont enclins à lever la tête au niveau de leur maître ou du surveillant, l’humanité et leur propre bien exige qu’ils soient punis jusqu’à ce qu’ils retombent dans cet état de soumission qui a été conçu pour eux. Ils doivent uniquement être gardés dans cet état, et traités comme des enfants pour prévenir et les guérir de l’envie de fuguer. »

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Ainsi, tout n’était pas perdu pour « les gentils » maîtres-esclavagistes, car si un esclave attrapait cette maladie, il y avait un remède miracle. En effet, la drapetomanie pouvait se soigner en administrant de violents coups de fouet ou en amputant les orteils du « patient ». Le maître pouvait alors dormir sur ces deux oreilles, le malade était guéri (merci docteur)!!!

Au delà du fait que la médecine occidentale n’ait jamais était une science exacte, cette anecdote doit nous faire garder à l’esprit que lorsque qu’un système aussi puissant que celui de l’esclavage (excroissance de l’ultra-capitalisme) est mis en place, les tenants de celui-ci tenteront de le légitimer par tout les moyens, même les plus ridicules. Comme le scandait haut et fort le groupe engagé et politiquement controversé Public Enemy, en 1988 : « Don’t believe the hype!!! »

 

Panafricainement votre, Franswa Makandal

A propos de l'auteur :

Redaction NOFI

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