le 10 Mai 1802 : À l’univers entier / Le dernier cri de l’innocence et du désespoir de Louis Delgrès

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Le 10 mai 1802, il y a 213 ans jour pour jour était diffusé A l’Univers entier / Le dernier cri de l’innocence et du désespoir, un manifeste de résistance à l’invasion de la Guadeloupe par les troupes napoléoniennes signé par Louis Delgrès dans les rues de Basse-Terre en Guadeloupe.

Né en Martinique et y ayant grandi ainsi qu’à Tobago, Louis Delgrès s’engage dans l’armée en 1783 avant de s’engager en faveur de la révolution française et de s’investir dans l’abolition de l’esclavage. Après de nombreuses guerres contre les Anglais notamment, il débarque en Guadeloupe en 1799 où il est un des leaders de la cause révolutionnaire face à la menace royaliste et esclavagiste incarnée par Napoléon Bonaparte. Le 10 mai 1802, face aux troupes de ce dernier venues rétablir l’esclavage et les licencier de l’armée, il fait circuler à Basse-Terre la proclamation A l’Univers entier /Le dernier cri de l’innocence et du désespoir signée de son nom et rédigée par un sympathisant blanc créole, Monnereau. 12 jours plus tard, après avoir résisté  aux troupes napoléoniennes de Richepance, Delgrès et ses centaines de partisans noirs se suicident à l’explosif à Matouba, prenant leur vie pour la donner à la devise ‘Vivre libre ou mourir ‘ et aux idéaux de cette France qu’ils espéraient voir dénuée de tyrannie et d’injustice entre ses enfants.

À l’univers entier

Le dernier cri de l’innocence et du désespoir

C’est dans les plus beaux jours d’un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie qu’une classe d’infortunés qu’on veut anéantir se voit obligée de lever la voix vers la postérité, pour lui faire connaître lorsqu’ elle aura disparu, son innocence et ses malheurs.

Victime de quelques individus altérés de sang, qui ont osé tromper le gouvernement français, une foule de citoyens, toujours fidèles à la patrie, se voit enveloppée dans une proscription méditée par l’auteur de tous ses maux. Le général Richepance, dont nous ne savons pas l’étendue des pouvoirs, puisqu’ il ne s’annonce que comme général d’armée, ne nous a encore fait connaître son arrivée que par une proclamation dont les expressions sont si bien mesurées, que, lors même qu’il promet protection, il pourrait nous donner la mort, sans s’écarter des termes dont il se sert. À ce style, nous avons reconnu l’influence du contre-amiral Lacrosse, qui nous a juré une haine éternelle… Oui, nous aimons à croire que le général Richepance, lui aussi, a été trompé par cet homme perfide, qui sait employer également les poignards et la calomnie.

Quels sont les coups d’autorité dont on nous menace ? Veut-on diriger contre nous les baïonnettes de ces braves militaires, dont nous aimions à calculer le moment de l’arrivée, et qui naguère ne les dirigeaient que contre les ennemis de la République ? Ah ! Plutôt, si nous en croyons les coups d’autorité déjà frappés au Port-de-la -Liberté, le système d’une mort lente dans les cachots continue à être suivi. Eh bien ! Nous choisissons de mourir plus promptement.

Osons le dire, les maximes de la tyrannie les plus atroces sont surpassées aujourd’ hui. Nos anciens tyrans permettaient à un maître d’affranchir son esclave, et tout nous annonce que, dans le siècle de la philosophie, il existe des hommes malheureusement trop puissants par leur éloignement de l’autorité dont ils émanent, qui ne veulent voir d’hommes noirs ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l’esclavage.

Et vous, Premier consul de la république, vous guerrier philosophe de qui nous attendions la justice qui nous était due, pourquoi faut -il que nous ayons à déplorer notre éloignement du foyer d’où partent les conceptions sublimes que vous nous avez si souvent fait admirer ! Ah ! sans doute un jour vous connaîtrez notre innocence, mais il ne sera plus temps et des pervers auront déjà profité des calomnies qu’ils ont prodiguées contre nous pour consommer notre ruine.

Citoyens de la Guadeloupe, vous dont la différence de l’épiderme est un titre suffisant pour ne point craindre les vengeances dont on nous menace, – à moins qu’on veuille vous faire le crime de n’avoir pas dirigé vos armes contre nous, – vous avez entendu les motifs qui ont excité notre indignation. La résistance à l’oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause ; elle est celle de la justice et de l’humanité : nous ne la souillerons pas par l’ombre même du crime. Oui, nous sommes résolus à nous tenir sur une juste défensive ; mais nous ne deviendrons jamais les agresseurs. Pour vous, restez dans vos foyers ; ne craignez rien de notre part. Nous vous jurons solennellement de respecter vos femmes, vos enfants, vos propriétés, et d’employer tous nos moyens à les faire respecter par tous. Et toi, postérité ! accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits.

Le Commandement de la Basse-Terre Louis DELGRÈS

A propos de l'auteur :

Sandro CAPO CHICHI

a écrit 543 articles sur NOFI.FR.

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