HISTOIRE

Soundjata Kéïta

Connu notamment à travers l’épopée qui porte son nom, Soundjata Keita, également connu sous le nom de Mari Djata, et peut-être de Sariq Jata, est le fondateur de l’empire médiéval du Mali, que sont les actuels Mali, Guinée, Sénégal et Gambie.

Par Sandro CAPO CHICHI / Nofipédia

Soundjata est le fils de Makan Kegni Konate (aussi connu sous les noms de Makan Kon Fata Kegni, de Fara Koro Makan Kegni Konate ou de Nare Fa Makan), roi d’un petit État de la région du Manden au XIIe ou XIIIe siècle, que les Arabes appelleront par la suite Mali.

Sa mère, Sogolon Koné, est la seconde épouse de Makan Kegni Konate. Originaire du pays de Do, elle est surnommée la « femme buffle » en raison de sa laideur. C’est peut-être du prénom de sa mère que le futur empereur appelé Djata tire son nom. Les Mandingues ont en effet pour pratique de faire précéder leur nom de celui de leur mère. Le nom de Djata, qui signifie « lion », combiné à Sogolon aurait donné Sogolon Djata et en prononciation rapide Soundjata. L’élément soun est aussi expliqué comme signifiant « voleur ». Cette hypothèse semble corroborée par le témoignage du voyageur maghrébin Ibn Battuta qui présentait un certain Sariq Jata comme le grand-père de l’Empereur Kankou Moussa. Sariq signifie « voleur » en arabe, et Soundjata est le grand-oncle de Moussa. En outre, selon les spécialistes de l’histoire des langues mandingues, le mot signifant voleur avec une forme de type soun (‘nson’) existait déjà depuis la haute antiquité. Le nom de Soundjata signifierait alors « Djata le voleur » ou le « lion voleur ».

Djata naît handicapé des deux jambes, et Sogolon doit subir les moqueries et jalousies de la part de Sassouma Bérété, la première épouse de Makan Kegni, qui espère voir son fils, Dankaran Toumani Touré, accéder au trône du Manden à la mort de son époux et craint donc Djata.
Un jour, Soundjata parvient miraculeusement à vaincre son handicap en s’appuyant sur une barre de fer après un affront fait à sa mère.

Sous l’impulsion de sa mère Sassouma Bérété, Dankaran Toumani Touré décide bientôt de chasser Soundjata et sa famille du Manden. Soundjata, avec notamment sa mère, son frère Manden Bori et sa sœur Kolonkan, doit s’exiler au pays de Néma, un puissant État manden à la tête duquel se trouve le Faran Tounkara.

La guerre contre Soumahoro

Alors que Soundjata est en exil, c’est son frère Dankaran Toumani Touré qui est à la tête du Manden lorsque les armées du roi forgeron sosso Soumahoro Kante ravagent le pays et s’emparent du reste de la région, dont l’ancien territoire de Ghana (Wagadu). Dankaran Toumani doit à son tour fuir vers le sud en pays kissi, laissant le Manden sous le joug sosso. Une résistance commence à s’organiser à l’extérieur du pays à la tête de laquelle va émerger Soundjata.
Lors de son retour au Manden, il accepte le leadership que lui proposent ses habitants. La préparation de la guerre contre le vieux roi Soumahoro Kante commence alors.

L’un des personnages clés de ce conflit est Fakoli Koroma, chef d’un État frontalier du Manden et du Sosso. En tant que neveu de Soumahoro, il doit lui prêter allégeance. Mais il change bientôt de camp, s’alliant à la rebellion menée par Soundjata. Ce revirement de position permet à Soundjata de compter les troupes de Fakoli dans ses rangs, ainsi que l’important centre de travail du fer que constitue son territoire.
Soutenu par de nombreux généraux comme Tiramakan Traore, par son frère Manden Bori qui l’avait accompagné dans son exil, du puissant chef manden Kamanjan Kamara qui avait épousé sa sœur Kolonkan, il parvient à défaire Sumahoro lors d’une guerre qui se concluera par la bataille de Kirina qui garantira à Soundjata le titre de Mansa (roi des rois) sur le territoire du Manden et de l’ancien empire sosso, qui sera connu chez les auteurs arabes sous le nom de Mali. Il pourrait avoir pris à cette époque son propre nom de Keïta, qui signifierait qu’il a pris son héritage et établi la charte du Kouroukan Fouga qui établit les droits fondamentaux des habitants du Manden et aurait peut-être aboli l’esclavage.
Son règne, qui aura duré vingt-cinq ans, selon l’historien maghrébin Ibn Khaldun, aurait vu la conquête d’autres territoires, dont celui du royaume wolof de Djolof (actuel Sénégal). Après que son roi eût insulté Soundjata qui souhaitait faire avec lui le commerce des chevaux, celui-ci aurait envoyé son général Tiramakan Traoré conquérir la région et venger l’insulte. Il s’en suivra une intégration d’une partie de l’actuel Sénégal à l’Empire de Mali et une influence mandingue sur la culture wolof. Devenu très populaire après cette campagne, Tiramakan aurait toutefois trouvé la mort peu après celle-ci. Les traditions issues de l’épopée de Soundjata expliquent que le Mansa du Manden, jaloux de la popularité croissante, l’aurait fait assassiner.
Selon Ibn Battuta, le personnage Sariq Jata, qui était certainement Soundjata, se serait converti à l’islam.

L’histoire de Soundjata nous est principalement connue par l’épopée portant son nom. Elle retrace dans une perspective littéraire orale son parcours et par les témoignages de voyageurs maghrébins ayant laissé des indications sur le fondateur extrêmement populaire du Manden quelques générations après la sienne.

Dans l’actuel Mali, les descendants de Soundjata sont considérés comme étant les Keïta originaires de la région de Kangaba, ceux de Kissi étant considérés comme les descendants de Dankaran Toumani Touré et ceux de la région d’Hamana comme les descendants de Manden Bori.

Son souvenir, encore très vivace parmi les populations mandingues d’Afrique de l’Ouest, l’était déjà tout autant au XIVe siècle de notre ère, comme l’atteste le témoignage de Ibn Khaldun qui en faisait « leur plus grand roi, celui qui a vaincu les Sosso, conquis leur territoire et pris le pouvoir de leurs mains ».