Artistes blancs et musique noire : les Afro-Américains durcissent le ton

Après les critiques virulentes de la rappeuse ‘pro-noire’ Azealia Banks à l’endroit de la rappeuse blanche et australienne Iggy Azalea quant à son positionnement au sein de la culture noire en 2012, les critiques du rappeur J. Cole sur l’appropriation de la culture noire afro-américaine par les artistes blancs il y a quelques jours, cette polémique a pris une plus grande ampleur depuis le verdict de l’affaire Garner il y a deux jours, où des manifestants, des blogueurs et Azealia Banks ont musclé le ton envers les artistes blancs, les accusant de ‘jouer les Noirs’ pour des raisons mercantiles tout en s’abstenant de se prononcer sur des problèmes de société de cette communauté.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

 

 

Iggy Azalea

Iggy Azalea

En 2012, la rappeuse afro-américaine et auto-proclamée ‘pro-noire’ Azealia Banks s’attaquait violemment à Iggy Azalea, une rappeuse blanche et australienne. La rappeuse afro-américaine n’avait pas digéré que la première femme à être élue dans la liste des rappeurs les plus prometteurs en 2012 du magazine de Hip-Hop US XXL, dont elle faisait aussi alors la couverture. Banks déclarait sur Twitter :

« Iggy Azalea sur la liste de XXL des rappeurs les plus prometteurs, c’est inapproprié. »(…)
« Comment pouvez-vous approuver une femme blanche qui se surnomme ‘la maîtresse des esclaves en cavale? »

Ce dernier tweet était une référence aux paroles de la chanson D.R.U.G.S. de la chanteuse australienne.

Azealia Banks

Azealia Banks

Outre Azalea, Banks s’était fait une spécialité de clasher les musiciens blancs sur les réseaux sociaux, accusant Lady Gaga de lui avoir volé son style vestimentaire, traitant les Stone Roses de Négros Blancs complètement pétés ou accusant Rita Ora d’avoir essayé de l’intimider par jalousie ou encore traitant Lily Allen de ‘mocheté’.

Il y a quelques jours, on apprenait que dans son album intitulé ‘2014 Forest Hills Drive’, le rappeur afro-américain J. Cole critiquait les musiciens blancs Iggy Azalea, Justin Timberlake, Eminem et Macklemore:

« L’Histoire se répète et c’est comme ça que ça se passe / de la manière que ces rappeurs bouffent le flow des autres / la même chose que mon négro Elvis a fait avec le rock’n’roll/ Justin Timberlake, Eminem et puis Macklemore. »
“While silly n****s argue over who gon’ snatch the crown, / look around my n***a, white people have snatched the sound. / This year I’ll probably go to the awards dappered down / Watch Iggy win a Grammy as I try to crack a smile.”
« Pendant que les négros stupides débattent sur qui va voler la couronne / regarde autour de toi mon négro, les Blancs ont volé le son / Cette année, j’irai certainement à la cérémonie de récompense sur mon 31 / Voir Iggy gagner un Grammy et j’essaierai de gratter un sourire »‘

 

J. Cole

J. Cole

Avec l’affaire Eric Garner, qui a vu un officier de police blanc acquitté mercredi dernier après avoir étranglé à mort un vendeur illégal de cigarettes afro-américain, la critique des artistes blancs par les Afro-Américains a pris une nouvelle dimension. Des internautes, des manifestants et l’éternelle Azealia Banks ont accusé les musiciens blancs de jouir d’agir comme des Noirs quand cela leur apporte notoriété, mais de se taire quand de graves problèmes sont subis par cette communauté.

Dans un article écrit en août dernier après la tragédie de Ferguson mais qui a connu un regain d’intérêt ces derniers jours, le blogueur Malek Mouzon déclarait sur le ‘Huffington Post’:

« C’est frustrant de voir des musiciens blancs prêts à avoir des légions de musiciens et danseurs noirs derrière eux, travailler avec des producteurs noirs, chanter en disant « nous » et disparaissant lorsqu’une tragédie associée aux Noirs prend une ampleur nationale. D’une certaine manière, cela confirme ce que leur art et leur musique essaient d’incarner. Une sorte d’illusion raciale avec des images de Blackface, des tentatives d’explorer sa créativité et de s’amuser. (…) Le racisme est toujours présent. Un double standard injuste que rencontrent les hommes et femmes noirs quand il s’agit de la loi. Et il y a une absence totale de valeur dans le corps noir… à part évidemment en tant qu’objet sexuel et moyen de divertissement. »

Une photographie postée par Malek Mouzon symbolisant le silence des artistes blancs

Une photographie de Justin Bieber postée par Malek Mouzon symbolisant le silence des artistes blancs

Jeudi soir, alors qu’eurent lieu de nombreuses manifestations en protestation au verdict de l’affaire Garner, l’une d’entre elles, bien qu’elle n’ait au final pas rassemblé plus que deux douzaines de personnes, avait décidé de manifester lors d’un concert d’Iggy Azalea à l’Université de Californie du Sud à Los Angeles, citant la réputation qu’à la chanteuse australienne à s’approprier la culture noire pour faire passer leur message.

 

Azealia Banks

Azealia Banks

Mais c’est avec Azealia Banks que le ton s’est véritablement durci, toujours contre Iggy Azalea, mais aussi contre son producteur T.I., qu’elle accuse d’avoir introduit la rappeuse australienne dans le milieu sans qu’elle ne le mérite:

« C’est marrant de voir des gens comme Igloo Australia se taire quand ce genre de choses arrive…La culture noire est cool, mais les problèmes de Noirs ne le sont pas hein? »

« Si tu veux monter avec nous, fais-le jusqu’au bout »

« Ne viens pour ne monter que sur des bites noires…Si t’es avec nous, t’es avec nous! »

« C’est à cause de T.I. qui a donné à Iggy les clés d’une culture dont elle n’a rien à foutre »

« Pourquoi tu veux faire comme nous? Je veux savoir » (…) Pourquoi tu nous imite d’une manière qui donne à penser que tu te moques de nous? Pourquoi? »

« LOL…Je suis MESQUINE, mais c’est vrai, berk, cette ‘négresse blanche’ de merde me donne envie de lui jeter un pot de pisse dessus LMFAOOOO »

« Et les médias doivent arrêter de placer Igloo sur ce que Nicki (Minaj, NDLR)a établi »

« Nicki est un monstre du rap qui travaille très dur. Arrêtez de la rabaisser avec cette merde du Ku Klux Klan d’Iggy »

« Et je mets au défi ce nègre de maison de T.I. de dire quelque chose ».

 

T.I.

T.I.

Iggy Azalea lui a répondu :

« On a déjà entendu ton histoire 49584068408540 milliards de fois maintenant, trouve une nouvelle tactique. »

Elle ensuite donné son opinion politique à un étudiant avec qui elle débattait sur Twitter:

« Le problème ici est le racisme de la police et la justice américaines. Je n’ai rien à voir avec ça mon tweet est à propos de quelqu’un essayant d’utiliser mon nom et le vrai problème pour se faire mousser via une embrouille sur Twitter. Il y a plus à faire que de changer le monde sur les réseaux sociaux. Les problèmes du monde ne devraient être une excuse pour organiser des guerres de fans. » (…) »Faites de votre mieux pour faire savoir à votre gouvernement ce que vous pensez quand quelque chose est injuste, pas seulement à vos abonnés sur Twitter. Signez des pétitions, marchez dans les rues et protestez ou faites des dons à des groupes qui aident la communauté à se reconstruire. »

Si Nofi se félicite de la réaction de nombreux Afro-américains s’insurgeant contre le vol de leur culture, nous émettons tout de même certaines réserves quant aux motivations d’Azealia Banks, qui dans certaines déclarations, a plus l’air d’une femme aigrie cherchant à expliquer ses échecs et ses difficultés à cause de sa couleur de peau.

« Les médias me rappellent TOUS LES JOURS que je suis noire, et les médias me rappellent chaque jours que ces choses arrivent parce que je suis noire.
« Qui t’as dit que c’est comme cela que les femmes noires se comportent? Qui t’a fait entrer dans le club des maîtres d’esclaves en cavale? Comment tu y es entrée avant moi? Donc je pense avoir une tendance à être un peu trop intense et agressive (en général) à cause de cette peur qui me guette de ne pas être prise au sérieux, ou prise pour une imbécile, ou prise pour d’autres choses associées à une femme qui se trouve être noire. Comme par exemple, pourquoi y-a-t-il autant de putains d’obstackles d’obstacles dans ma vie? Qu’est ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça? »

Mais quoi qu’il en soit, le ton se durcit et grâce à cela, la musique noire du Hip-Hop ne deviendra peut-être pas une musique de Blancs où ses créateurs se feront discriminer comme ce fut le cas du Rock’n’Roll, aujourd’hui blanchi et quasiment interdit aux Noirs.

A propos de l'auteur :

Sandro CAPO CHICHI

a écrit 614 articles sur NOFI.FR.

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