Les femmes noires ne sont-elles que des fesses ?

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Depuis quelques jours, la photo du postérieur de Kim Kardashian a mis le feu sur la toile. Au delà du simple buzz médiatique qu’elle a provoqué, la photo est en réalité la nouvelle version d’un cliché jugé raciste par de nombreux internautes.

Derrière la photo de Kim Kardashian, le travail de Jean-Paul Goude

 

Les photos de Kim Kardashian nue pour le magazine Paper ne m’ont pas plus émue que ça. La série de photos Break the Internet me semblait plutôt familière. Elle me rappelait l’aspect femme objet sexualisée du travail de Jean-Paul Goude. Après de longues recherches (non, juste après avoir rentré « Jean Paul Goude » dans mon moteur de recherche) qui ont confirmé mes suppositions, j’ai découvert que la photo de la star de la téléréalité n’était en fait qu’une nouvelle version d’un ancien cliché de Jean-Paul Goude édité dans le livre Jungle Fever en 1976. On y voit, cette fois-ci le mannequin Carolina Beaumont posée nue, fesses cambrées.

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Le mannequin et actrice Grace Jones est mise en avant dans le livre Jungle Fever qui a pour vocation de célébrer le corps de la femme noire. Très bonne initiative du photographe en somme. Le seul problème c’est que ces corps noirs sont le plus souvent associés à l’animalité, la sauvagerie et la jungle. Dans l’un des clichés, Grace Jones est enfermée dans une cage, comme un animal qui montre les crocs. Cette photo sera jugée comme étant une atteinte à la dignité des femmes par Yvette Roudy, ancienne ministre des droits de la femme. Dans son livre Venus in the Dark: Blackness and Beauty in Popular Culture, l’auteure Janell Hobson accuse Jean Paul Goude de comparer les fesses des femmes noires à celles des chevaux.

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Le problème pourrait se trouver dans le fait que Jean-Paul Goude est un homme blanc photographiant les femmes noires. On pourrait donc croire que son travail ne vise qu’à alimenter le fantasme de l’homme blanc. En 1998, le photographe réitèrera sa comparaison de la femme noire à l’animalité avec sa photo de Naomi Campbell courant, en peau de bête, auprès d’animaux de la savane.

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Le photographe est connu et reconnu internationalement grâce à des publicités, très réussies et devenues cultes. Des petits personnages à marinières Kodak aux femmes jalouses de la publicité Égoïste de Chanel, son chapeau de réalisateur a rapidement propulsé Jean-Paul Goude en génie artistique. Sa légitimité dans le milieu lui ont permis de ne pas trop s’attirer les foudres d’un public mécontent.

Ceux qui s’opposeront à dire que les photos de Jean-Paul Goude sont racistes utiliseront l’excuse de la muse. En effet, le photographe, en plus d’avoir fortement contribué au succès international de Grace Jones, a entretenu une relation avec cette dernière. En 2005, le photographe et réalisateur décrivait sa relation avec le model lors d’une interview accordée à l’express :

Lorsque je vivais avec Grace Jones, par exemple, j’étais en permanence animé de deux sentiments contradictoires: l’admiration et l’inconfort. Parce que ses valeurs, ses habitudes, que j’attribuais à sa culture, étaient en complète contradiction avec ma sensibilité. En revanche, sur un plan émotionnel, nous étions très proches.

Dans cette interview, il expliquait son amour pour la mixité et le multiculturalisme. Il ajoutait que son imaginaire s’est développé dans une atmosphère coloniale. Cette contradiction entre le fait d’affirmer aimer une culture et illustrer cette même culture de manière stéréotypée et pleine de clichés m’a poussé à me poser des questions. Le fait qu’un artiste aime une culture et souhaite la célébrer à travers son art justifie-t-il chacun de ses partis pris artistiques ? Peut-on tout représenter, même d’une manière péjorative et dégradante, en se cachant derrière l’excuse de « l’art » ?

La femme noire, vulgaire ?

Au delà du travail controversé de Jean-Paul Goude, aujourd’hui, j’ai comme l’impression que la femme noire n’est « Sex symbol » qu’à travers ses fesses. La femme noire existe en tant que fantasme principalement pour ses formes généreuses. Beyoncé, ou Nicki Minaj ont d’ailleurs très bien su tirer partie de ce qui est désormais devenu un phénomène de mode. La mode n’a toutefois pas attendu les femmes noires pour « oser » la nudité à la télévision, dans les magazines ou sur les réseaux sociaux. Mais paradoxalement, cette nudité est abordée différemment quand il s’agit de femmes noires et de femmes blanches. Lorsque pour une femme blanche, la démarche de poser nue est le plus souvent vue comme étant artistique, les femmes noires sont soit stéréotypées de manière négative soit critiquées ou dénigrées par le public. On se souvient tous de l’affaire Nicki Minaj. La rappeuse américaine avait reçu, il y a quelques mois, un nombre incroyable de remarques sexistes en posant nue pour la couverture de son single Anaconda. Cet exemple se réitère avec bon nombre de stars noires de la musique ou du cinéma. La démarche est pourtant accueillie comme du militantisme ou de l’art quand il s’agit du corps de la femme blanche. Scout Willis, fille de l’acteur Bruce Willis, avait défilé topless dans les rues de New york afin de protester contre la politique de modération d’Instagram. Ses photos avaient été publiées sur le net et approuvées par l’opinion publique et les médias, la félicitant parfois de cet acte militant.

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Une histoire qui ne date pas d’hier

La beauté noire devrait-elle seulement se résumer à un postérieur rebondie ? Jean-Paul Goude semblait le croire à travers ses clichés. Quand on remonte plus loin dans l’histoire, on découvre rapidement que le mythe des fesses de la femme noire n’est pas nouveau. Au 18e siècle, celle qu’on appellera la venus Hottentot connu un destin tragique en devenant un phénomène de foire, exposée comme un animal dans des villes d’Europe à cause de ses formes généreuses.

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De son vrai nom Sarah Baartman, la vénus noire devint le fruit d’étude d’un zoologue français qui conclut qu’elle représentait le chaînon manquant entre l’animal et l’homme en comparaison avec le singe. En 2009, un film du réalisateur Abdelattif Kechiche reviendra sur l’histoire émouvante de cette jeune femme noire mise en pâture lors des foires aux monstres européennes et forcée à se prostituer.

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Il m’a semblé essentiel de me pencher sur la question du corps de la femme noire. Comment il a été célébré ou dénigré et comment aujourd’hui la culture populaire traite la nudité selon la couleur de peau. La femme noire aura marqué l’histoire en tant que « Sex Symbol » : de Joséphine Baker à Rihanna, la manière dont la femme noire a dévoilé son corps et sa sensualité a réussi à révolutionner la monde artistique et à bousculer les consciences. La nudité n’est pas un problème en soit. C’est la manière parfois dégradante et raciste dont cette nudité est traitée qui dérange. La photo de Kim Kardashian en est un parfait exemple, prouvant qu’il est important de savoir ce qui se cache derrière les phénomènes que l’on encense.

Sources: http://mic.com/articles/104188/the-big-problem-with-kim-kardashian-s-photos-nobody-is-talking-about

 

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A propos de l'auteur :

Fan de séries, de rock indé et des années 1990, elle pond des chroniques sur sa vie de femme noire en France et sur sa phobie des joggings Lacoste. Sur le net, vous la retrouverez plus facilement sous le nom de "La Ringarde", son identité secrète de super héroïne.

a écrit 91 articles sur NOFI.FR.

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